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Note №17, « Marine de guerre russe : atouts et faiblesses d’un outil en mutation »

Igor Delanoë Igor Delanoë
1 Mars 2018
Introduction


Depuis le début des années 2010, la marine russe s’est trouvée au cœur d’une série d’évènements – la crise syrienne, l’annexion de la Crimée et de Sébastopol en 2014 – qui ont mis en lumière un thème oublié depuis la chute de l’URSS. Vecteur de puissance et d’influence par excellence, la marine s’insère idéalement dans le projet de Vladimir Poutine qui souhaite, dès son arrivée au pouvoir en 2000, redonner à la Russie son statut d’acteur mondial de premier plan. Il faut néanmoins attendre la fin de la décennie et l’élaboration du plan d’armement 2011-2020 pour que Moscou entreprenne un ambitieux programme de modernisation de son outil naval – composé de cinq formations (1) –, dont les premiers résultats sont visibles fin 2015, dans le cadre de l’intervention militaire de la Russie dans le conflit syrien (2).

Si le thème de la marine russe ne suscite pas aujourd’hui un intérêt aussi vif que celui du cyber, il n’en demeure pas moins qu’il fait l’objet d’une redécouverte par les analystes et les experts asiatiques, européens et américains qui l’envisagent prioritairement sous l’angle de la menace. Aux États-Unis, où évoquer la question de la flotte russe au cours des années 2000 témoignait d’un certain exotisme ou d’une forme de nostalgie, un institut pour les études maritimes russes (Russia Maritime Studies Institute) a été ouvert en 2016 au sein du prestigieux Naval War College (3). La réapparition de bâtiments russes dans des zones du globe, lors de déploiements ponctuels (océan Indien, mer des Caraïbes) ou permanents (Méditerranée orientale), conduit à une forme de surréaction au sein de certains cercles de défense, notamment anglo-saxons (4). Fin 2016, le déploiement du groupe aéronaval avec à sa tête l’unique porte-avions russe, l’Amiral Kouznetsov, a été suivi avec une certaine condescendance par nombre d’observateurs et de médias européens. La réapparition du pavillon russe sur les mers du globe, loin de laisser indifférent, suscite des réactions vives, parfois contradictoires, et alimente des analyses qui, au-delà du ton qu’elles adoptent, dressent le constat d’une amélioration qualitative des capacités navales de la Russie. La réalité de la résurrection de ces capacités demeure cependant contrastée. Au-delà de la dimension spectaculaire véhiculée par les images de tirs de missiles Kalibr, le processus de modernisation de la flotte a néanmoins mis en évidence des faiblesses, a été émaillé d’échecs, et ne livre en tout cas qu’une image en trompe l’œil de la réalité de la puissance navale russe. Les succès de la marine en Syrie ne rendent en effet que partiellement compte des défis auxquels le complexe militaro-industriel russe – ou VPK – fait face pour assumer les commandes d’État.

Depuis 2014, la Russie a été contrainte de « réajuster le tir » et d’adapter son plan d’armement 2011-2020 à de nouvelles données géopolitiques (annexion de la Crimée, tensions avec la communauté euro-atlantique), économiques (chute du prix du baril) et industrielles (sanctions). Il s’agit là de déterminants qui façonnent les orientations du plan 2018-2027, dont Vladimir Poutine a confirmé l’adoption début 2018, et qui ne fait d’ailleurs pas du développement de la marine l’une de ses priorités.


Alors que le programme 2011-2020 touche bientôt à sa fin, cette étude s’attache à dresser un état des lieux des forces navales russes. Quelles sont les grandes tendances observables ? Comment le VPK s’est-il adapté aux sanctions ? Quid des capacités hauturières de la Russie ?

1. La marine russe, un outil au service de quelles ambitions ?

Puissance continentale, la Russie a cherché à se doter d’une flotte de guerre dès le règne de Pierre le Grand (5). Depuis l’époque des tsars jusqu’à nos jours, les missions qui lui ont été dévolues ont varié, mais avec des permanences remarquables comme la protection des côtes et la nécessité de maintenir son rang parmi les grandes nations maritimes.

1.1. La dissuasion nucleaire : la raison d’etre de la flotte

Après avoir renouvelé sa Doctrine militaire en 2014, sa Stratégie de sécurité nationale en 2015 puis sa Doctrine en matière de politique étrangère en 2016, la Russie s’est dotée d’une nouvelle Doctrine navale en juillet 2017 (6). En moins de quatre ans, c’est tout l’appareil conceptuel stratégique russe qui a donc été renouvelé. La lecture de ces documents permet d’identifier ce que la Fédération de Russie considère comme ses intérêts, et les moyens qu’elle entend mobiliser afin de les défendre et de les promouvoir. Le Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie (7) rappelle en particulier que Moscou continue de considérer que ses intérêts vitaux restent concentrés dans l’espace post-soviétique (8). Vu du Kremlin, les espaces maritimes d’où émane une menace potentielle sont principalement situés sur un arc qui s’étend de la zone Arctique à la mer Noire. Cette menace est principalement le fait de l’activité des marines otaniennes dans les eaux de l’Arctique, en mer Baltique et dans le bassin pontique. Les troupes côtières rattachées aux flottes du Nord, de la Baltique et de la mer Noire sont d’ailleurs désormais organiquement regroupées au sein de corps d’armées distincts, ce qui leur confère plus d’autonomie et d’agilité (9).

Dans ce cadre-là, les forces navales russes remplissent aujourd’hui cinq types de missions :

•    Assurer la dissuasion nucléaire. Cette mission est remplie par la composante sous-marine stratégique des flottes du Nord et du Pacifique : les SNLE de type Kalmar (Projet 667BDR) de la flotte du Pacifique, ceux de type Delfin (Projet 667BDRM) de la flotte du Nord et les nouveaux SNLE de type Boreï (Projet 955) en cours d’affectation à ces deux formations.

•    Protéger l’accès des SNLE à la haute-mer et sanctuariser leurs zones de déploiement. Il s’agit là d’une mission assurée par des capacités basées à terre, des bâtiments de surface, des SSGN et des SSK.

•    Assurer la projection de puissance en profondeur et le suivi de l’activité des flottes otaniennes, en particulier celles des groupes aéronavals américains. Cette mission est principalement assurée par des sous-marins nucléaires (par exemple les SSGN du Projet 949A).

•    Sanctuariser les approches côtières et le littoral de la Fédération de Russie en privilégiant la mise en œuvre d’une stratégie de déni d’accès et d’interdiction de zone (A2/AD). Cette mission comprend la protection des infrastructures énergétiques offshore.

•     Hisser le pavillon sur les eaux du globe afin de promouvoir le statut de grande puissance de la Russie et soutenir les partenariats politiques et militaro-techniques.

Les forces sous-marines stratégiques des flottes du Nord et du Pacifique constituent l’épine dorsale de la marine russe. Ces deux formations navales disposent aussi depuis l’époque soviétique du plus grand nombre d’unités hauturières, ce qui leur permet encore aujourd’hui de remplir des missions de diplomatie navale dans « l’océan mondial » (10). Les flottes de la Baltique, de la mer Noire et la flottille de la Caspienne sont implantées au sein de mers dites fermées dont l’accès est contrôlé par des pays de l’OTAN (Danemark pour la Baltique et Turquie pour la mer Noire) (11). Leur activité vise non seulement à verrouiller les approches du territoire russe, mais aussi à appuyer la présence de la Russie en Méditerranée et dans « l’océan mondial » (sauf pour la flottille de la Caspienne). Ces éléments traduisent une posture fondamentalement défensive de la marine qui contribue à prolonger une ligne de défense terrestre et aérienne sur les mers afin de sanctuariser le territoire de la Fédération de Russie.

1.2. Le plan d’armement 2011-2020 : un bilan contraste pour la flotte

Le plan d’armement 2011-2020 avait pour but principal de mettre un terme à l’hémorragie capacitaire qui affectait les forces navales russes depuis 1991. Pour ce faire, près de 25% des 570 milliards d’euros budgétés pour le plan 2011-2020 (12) ont été attribués à la flotte, pourtant traditionnel parent pauvre des programmes d’armements soviétiques et russes. Ces sommes mettent en évidence une volonté politique forte de renouer avec les espaces maritimes, mais elles sont aussi révélatrices de l’urgence de la situation à laquelle le Kremlin faisait alors face. À la chute de l’URSS, la Russie se retrouve avec 52 SNLE de 6 classes différentes, répartis entre la 31e diviziya de la flotte du Nord basée à Gadjievo et la 25e diviziya de la flotte du Pacifique, implantée à Vilioutchinsk. En 2010, à la veille du début du plan 2011-2020, il n’en subsiste que 9 unités, ce qui révèle une érosion alarmante des capacités stratégiques navales. Priorité a donc été donnée au renouvellement de la composante sous-marine stratégique avec la commande de 8 nouveaux SNLE du Projet 955 Boreï et l’introduction d’un nouveau missile balistique intercontinental, le Boulava. Ce missile a été formellement admis au sein de l’arsenal de la flotte, mais son cycle d’essai se poursuit pour autant (13). Compte tenu des retards accumulés par le chantier naval Sevmash (Severodvinsk) en charge de la construction des SNLE, la marine russe ne disposera pas de ces 8 nouveaux sous-marins d’ici 2020. Elle en a déjà reçu 3 (14) tandis que les 5 autres devraient lui être livrés d’ici le début des années 2020, avant que ne commence le désarmement des SNLE de type Delfin, à l’horizon 2030 (15). Parallèlement, la Russie met en œuvre un programme de modernisation des SNLE du Projet 667BRDM afin qu’ils puissent admettre le missile balistique intercontinental Sineva et servir tout au long de la décennie 2020. Le maintien d’une posture stratégique opérationnelle crédible dans le Pacifique est en revanche de plus en plus sujet à caution dans la mesure où les 3 SNLE du Projet 667BDR sont hors d’âge et que la Russie ne dispose pour l’heure que de 2 SNLE de type Boreï mettant en œuvre un missile stratégique à la fiabilité incertaine.

Le programme 2011-2020 prévoyait par ailleurs la mise sur cale et la construction de 7 nouveaux SSGN du Projet 885 Yasen, mais l’exécution de ce programme a accumulé encore plus de retard que celui des SNLE. Aujourd’hui, seul le K-560 Severodvinsk a été livré et le reste des unités devrait l’être au cours de la première moitié des années 2020. En revanche, le volet sous-marin classique du programme de réarmement de la flotte de la mer Noire a été rempli avec succès. Les 6 SSK du Projet 0636.3 ont été livrés entre 2014 et 2016 par le chantier naval de l’Amirauté (Saint-Pétersbourg) qui a commencé à l’été 2017 la construction d’un nouveau lot de 6 SSK pour la flotte du Pacifique. Il s’agit des submersibles qui ont réalisé les tirs de missiles Kalibr dans le cadre de la campagne syrienne. Seul le programme de SSK du Projet 677 censés être équipés pour partie d’une propulsion anaérobie présente un retard critique.

Concernant les forces de surface, le VPK a rencontré des difficultés pour honorer les commandes d’État. Sur les 8 frégates du Projet 22350 prévues par le plan 2011-2020, seules 5 ont été mises sur cale et l’unité tête de série, l’Amiral Gorchkov, pourrait être livrée en 2018, après de multiples retards (16). En plus des défis techniques soulevés par l’intégration des systèmes d’armement et des retards accumulés par les équipementiers (Almaz-Anteï et son système anti-aérien Polyment-Redut par exemple), ce programme de frégates a été touché de plein fouet par la rupture de la coopération militaro-technique entre Moscou et Kiev, conséquence de la crise de 2014 (17). Même situation pour les frégates du Projet 11356M, dont 6 unités doivent être livrées dans le cadre du plan 2011-2020 : seules 3 frégates ont été à ce jour admises au service actif. Dans le Pacifique, l’admission au service actif de la corvette lance-missiles Soverchenny en juillet 2017 a constitué un événement majeur : il s’agit du premier nouveau navire de combat de surface versé à la flotte du Pacifique depuis la disparition de l’URSS (18). L’irrégularité des financements, les détournements de fonds ainsi que les retards accumulés par les sous-traitants pour livrer des pièces et des équipements occasionnent des retards considérables. Pour certains chantiers, les contrats d’État peuvent s’avérer très problématiques dans la mesure où le règlement des commandes peut accuser des retards non négligeables, occasionnant des difficultés de trésorerie. Ceci pousse des industriels à privilégier les commandes émanant du secteur privé, qui sont certes moins lucratives, mais dont le financement est en règle générale assuré (19).

La construction des navires de plus faible tonnage, comme celle des petits navires lance-missiles du Projet 21631 ou de vedettes (type Raptor ou Gratchonok), a connu plus de succès. Leur rythme de construction est régulier : plus ou moins 1 an par unité pour les vedettes de type Gratchonok, et à peine plus de 3 ans par unité pour les 5 premiers petits navires lance-missiles du Projet 21631, qui sont équipés de missiles Kalibr. En ce domaine, le VPK russe arrive relativement à combiner qualité, quantité et ponctualité. Le programme 2011-2020 comprend par ailleurs la construction d’un nouveau modèle de dragueur de mines (Projet 12700, qui met notamment en œuvre des drones sous-marins de facture française), des bâtiments collecteurs de renseignements (Projet 18280) ainsi que des navires de soutien (les navires d’essais du Projet 11982 et ceux de soutien logistique hauturier du Projet 23120). Enfin, pour la façade arctique, deux unités d’une classe de patrouilleurs brise-glace déplaçant 7 000 tonnes (Projet 23550) sont en cours de construction au chantier naval de l’Amirauté (20). Il est également prévu de mettre à l’eau une flottille de nouveaux brise-glace nucléaires polyvalents (Projet 22220), dont les 3 premières unités – l’Arktika, le Sibir et l’Oural, se trouvent à différents stades de construction à l’Usine de la Baltique (Saint-Pétersbourg).

Modeste par le nombre d’unités commandés, le volet naval du plan 2011-2020 a subi les contrecoups de la période de sous-financement du VPK et des forces armées pendant les années 1990 et le début des années 2000. La situation a été en outre compliquée par les sanctions prises par la communauté euro-atlantique à l’encontre de la Russie.

1.3. Les sanctions : quel impact ?

Les sanctions ont affecté la mise en œuvre du plan 2011-2020 en contraignant Moscou à « revoir sa copie » avec plus ou moins de succès. Deux niveaux ont été principalement concernés : le financement du programme et son volet industriel. Les établissements bancaires russes impliqués dans des opérations de prêts destinés à financer les entreprises de défense sanctionnées s’exposent en effet eux-mêmes à des sanctions. Ceci a conduit certaines banques à refuser tout simplement de travailler avec le ministère de la Défense : c’est le cas d’Alpha Bank, un des principaux établissements bancaires privés du pays (21). Une parade a été récemment trouvée à travers la création par le ministère des Finances d’une banque publique en charge de gérer exclusivement les opérations financières à l’endroit du VPK (22).

Au niveau industriel, la rupture des coopérations dans le domaine de la défense établies avec des entreprises ukrainiennes et européennes a entraîné des retards plus ou moins sérieux dans la livraison de certaines plateformes. L’industriel ukrainien ZoryaMach Project (Nikolaïev) a ainsi cessé de livrer les turbines à gaz qui équipent les frégates des projets 22350 et 11356M – les plus importants navires de combat de surface prévus par le plan 2011-2020, obligeant la Russie à chercher une solution indigène auprès de l’industriel russe Saturn (Rybinsk) (23). L’allemand MTU a cessé de fournir les turbines diesels qui équipent les corvettes lance-missiles du Projet 21631 et les vedettes Gratchonok. Dans les deux cas, Moscou s’est tournée vers Pékin pour se procurer des turbines de substitution qui – ironie de l’histoire – sont des turbines allemandes Deutz fabriquées sous licence en Chine. Si dans le cas des vedettes cette solution s’est avérée fonctionnelle – modulo une perte de vitesse moyenne d’un demi-nœud –, dans le cas des corvettes, des problèmes sont apparus lors des essais de la première unité équipée en turbines chinoises (24).

Enfin, le dernier paquet de sanctions américaines votées à l’été 2017, décidées en représailles de l’immixtion réelle ou supposée de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016, touche par exemple le missilier russe Novator, concepteur du missile Kalibr. Selon certains observateurs, ce type de ciblage traduirait avant tout la volonté de Washington de maintenir, voire creuser, le fossé technologique qui sépare aujourd’hui le VPK russe de l’industrie de défense occidentale (25).

2. Une marine de plus en plus polyvalente

Si les forces navales soviétiques se caractérisaient par une haute spécialisation des navires et des équipages, la marine russe poursuit une transition vers des plateformes disposant d’une polyvalence plus poussée. Cette mutation entraîne une plus grande agilité des forces navales, lesquelles continuent cependant de faire face à une série de défis structurels.

2.1. La projection de la ligne de defense : l’exemple de la crise syrienne

La crise syrienne a servi de banc d’essai à la marine qui a pu tester des systèmes d’armes en conditions réelles. Les forces navales russes ont rempli principalement trois types de missions dans le cadre des opérations en Syrie :
•    Soutenir le régime en lui livrant matériels et armements, à travers l’établissement d’un pont maritime entre la Russie et la Syrie.

•    Mettre en œuvre une dissuasion conventionnelle via une « diplomatie de la canonnière » afin de prévenir tout recours unilatéral à la force contre Damas.

•    Appuyer les opérations réalisées à terre par les forces loyalistes grâce à la puissance de feu offerte par les missiles de croisière Kalibr.

Cet ensemble de missions répond à l’objectif de crédibiliser la posture diplomatique de Moscou sur la crise syrienne, d’une part, et de projeter la ligne de défense russe au-delà de la mer Noire, en Méditerranée orientale, d’autre part, dans le contexte d’aiguisement des tensions avec l’OTAN, en raison de la crise ukrainienne.


Entrée discrètement en action dès l’été 2012, la flotte russe a depuis fourni au régime de Damas une aide logistique et matérielle sans laquelle ce dernier se serait trouvé en grande difficulté, bien avant l’intervention directe de la Russie dans le conflit fin septembre 2015. Surnommée « Tartus Express », cette ligne qui relie le port russe de Novorossiïsk et celui de Tartous, en Syrie, est sillonnée depuis juillet 2012 par des bâtiments amphibies issus des flottes du Nord, de la Baltique, de la mer Noire et du Pacifique. Depuis juillet 2012, ce sont ainsi près de 318 rotations qui ont été effectuées par ces navires qui ont transporté plus de 185 500 tonnes de cargaisons militaires (26).

La flotte de la mer Noire et la flottille de la Caspienne ont par ailleurs été impliquées dans des missions d’appui en mettant en œuvre pour la première fois en conditions opérationnelles des tirs de missiles de croisière Kalibr depuis la Méditerranée orientale et la mer Caspienne. Trois types de plateformes ont été employées pour ces missions : des petits navires lance-missiles du Projet 21631, des frégates (Projet 11661, mais surtout les nouvelles frégates du Projet 11356M, affectées à la flotte de la mer Noire) et les nouveaux SSK de type Kilo versées à la flotte de la mer Noire. Ces derniers ont tiré le plus de missiles Kalibr, avec à ce jour 8 tirs de 37 missiles de croisière depuis la Méditerranée.

Enfin, le déploiement du porte-avions Amiral Kouznetsov en Méditerranée orientale, fin 2016, avait pour objet de tester l’emploi « à l’occidentale » d’un groupe aéronaval. Sa mission a été néanmoins émaillée par la perte d’un MiG-29K et d’un Su-33 lors des phases d’appontage. En outre, il semblerait que les appareils du groupe aérien embarqué n’aient pas été en mesure de réaliser des missions à partir de l’Amiral Kouznetsov et que la plupart d’entre eux aient été redéployés à terre, sur la base russe de Hmeimim, près de Lattaquié, afin de prendre part aux opérations. Conçu comme une arme d’interdiction, le porte-avions russe ne peut être employé pour des missions de projection de puissance contre des objectifs à terre. Son déploiement aura ainsi permis à la Russie de prendre conscience des limites de l’emploi de cette arme selon le schéma suivi par la marine française et l’US Navy. Nul doute que cette expérience sera précieuse en vue de l’IPER (27) que doit subir l’Amiral Kouznetsov entre 2018 et 2021.

La campagne syrienne a par ailleurs permis aux équipages d’acquérir de l’expérience en mer. La nouvelle frégate Amiral Grigorovitch (Projet 11356M, flotte de la mer Noire) aura ainsi passé près de 169 jours en mer en 2017, principalement en Méditerranée orientale, ce qui en fait un des navires russes les plus actifs pour cette année (28). Toutefois, les succès rencontrés par la flotte dans le cadre de la campagne syrienne ont paradoxalement joué en sa défaveur lors de l’élaboration du plan 2018-2027. La priorité de ce programme demeure le maintien des capacités des forces stratégiques nucléaires, tandis que l’effort principal de financement ira à la consolidation des forces terrestres et au développement des troupes aéroportées. La marine, qui s’était taillée la part du lion lors du programme 2011-2020, devrait être financée à hauteur de 2 600 milliards de roubles (environ 37 milliards d’euros) (29) sur les 19 000 milliards de roubles (plus de 270 milliards d’euros) (30) budgétés pour le plan 2018-2027, soit un peu plus de 13% de l’enveloppe totale allouée au programme. Elle en reçoit donc proportionnellement presque deux fois moins de financements qu’elle n’avait reçus pour le plan 2011-2020. En outre, le nouveau plan d’armement ne prévoit pas la mise sur cale d’une flotte hauturière (destroyer, grands navires amphibies, porte-avions), et privilégie, assez rationnellement, la construction de plateformes de tonnage léger et de frégates.

2.2. Des capacites hauturieres sous tension

La nouvelle version de la Doctrine navale revendique le statut de « grande puissance maritime » pour la Russie tandis que le document est jonché de références aux intérêts et à la présence russe dans « l’océan mondial ». Traditionnellement, l’élite politique et militaire russe considère avant tout la flotte comme un moyen de projeter le statut de grande puissance à travers le globe.

À la différence de la France, la Russie ne possède pas de territoires ultra-marins à protéger tandis que les intérêts vitaux de Moscou demeurent concentrés sur le pourtour et dans la masse continentale eurasiatique. Aussi, les tenants d’une flotte bleue au sein des structures militaires et du VPK éprouvent-ils les plus grandes difficultés à faire entendre leurs arguments en faveur de la construction de destroyers, de grands bâtiments amphibies ou de porte-avions. Conscients que le contexte économique ne plaide pas en leur faveur, les auteurs de la nouvelle Doctrine navale russe ont plutôt cherché à graver dans le marbre ces ambitions hauturières, afin de mieux les faire valoir a posteriori, lorsque des temps meilleurs seront arrivés. Un autre facteur joue en défaveur de la flotte océanique de surface russe : l’absence de raison d’être stratégique d’un tel outil pour la Russie contemporaine. Lorsque l’URSS se lance dans l’édification d’une flotte océanique dans les années 1960, il s’agit alors pour Moscou d’être en mesure de soutenir les partenariats et les alliances noués à travers les continents avec les « pays frères » et de contester à la thalassocratie américaine le monopole de la présence sur les océans. Aujourd’hui, quelles seraient les missions assurées par un ou des porte-avions, dont la construction impliquerait par ailleurs celles de destroyers pour former les groupes d’escorte ?

La Russie dispose cependant encore aujourd’hui d’une modeste flotte bleue de surface composée d’une dizaine de bâtiments ex-soviétiques répartis entre les flottes du Nord, de la mer Noire et du Pacifique. Il s’agit du porte-avions Amiral Kouznetsov (flotte du Nord, Projet 1143.5), du croiseur atomique lance-missiles Pierre le Grand (flotte du Nord, Projet 1144), des croiseurs lance-missiles du Projet 1164 Variag (flotte du Pacifique) et Moskva (flotte de la mer Noire), et des grands navires de lutte ASM du Projet 1155, basés dans le Pacifique et dans la flotte du Nord, et qui totalisent 6 unités actives. En 2017, c’est le grand navire de lutte ASM Severomorsk (flotte du Nord) qui a passé le plus de temps en mer – 212 jours, sur les 1 920 assurés en mer par l’ensemble des forces navales russes pour l’année (31). À la différence des pratiques qui prévalent dans les marines occidentales, lorsque ces unités partent en mission, elles sont systématiquement accompagnées d’un remorqueur, ce qui met en évidence un défaut de confiance dans le bâtiment.

En l’absence d’un programme de construction de nouvelles unités, la Russie entend maintenir ses capacités hauturières en modernisant celles existantes. Il est également prévu de terminer en 2021 la refonte et la mise à niveau du croiseur atomique Amiral Nakhimov (Projet 1144.2) actuellement en chantier à Sevmash, à laquelle succédera celle du second croiseur de ce type, le Pierre le Grand. Ces navires doivent recevoir des tubes à lancement vertical leur permettant de mettre en œuvre des missiles anti-navire Oniks et des Kalibr, tandis que les capacités anti-aériennes seront assurées par des complexes Pantsir navalisés et Polyment-Redut. Repoussée à maintes reprises, le début de l’IPER du porte-avions Amiral Kouznetsov est prévue pour 2018. Les objectifs de l’IPER du « Kouze », annoncée avec un coût initial proche du milliard d’euros à l’été 2017, n’ont eu de cesse d’être revus à la baisse. Aujourd’hui, il serait question de lui allouer une enveloppe de 25 milliards de roubles (près de 350 millions d’euros) (32) et son retour au service actif serait prévu au début des années 2020.

L’ensemble de ces coûteux programmes de modernisation devrait prolonger la durée de vie des bâtiments ex-soviétiques jusqu’à la fin des années 2020 ou au début des années 2030. Ces unités auront alors servi presque 50 années dans la flotte. Or, en matière de nouvelles capacités hauturières, le programme 2018-2027 n’envisage que la possibilité de mettre sur cale des unités têtes de série (avec toutes les incertitudes qui pèsent sur leur financement et leur délai de construction). Les capacités océaniques russes seront donc mises sous pression au cours des années 2020, avec de sérieux risques de rupture capacitaire à l’approche des années 2030.

2.3. Littoralisation et « kalibrization » de la flotte

La combinaison des effets induits par le vieillissement des unités hauturières ex-soviétiques et la réduction des financements, auxquelles s’ajoutent les défis technologiques créés par les sanctions, va produire sur la flotte russe un phénomène de littoralisation. Cette mutation ne compromet pas en soi la capacité de la Russie à défendre et promouvoir ses intérêts maritimes. Elle questionne en revanche à moyen terme sa capacité à projeter son statut de puissance sur les eaux du globe.

Les sanctions ayant ajouté des difficultés supplémentaires à la réalisation – déjà problématique – du programme de frégates du Projet 22350 et du Projet 11356M, la Russie a privilégié dès 2014-2015 la construction d’unités de plus faible tonnage, mais plus nombreuses et lourdement armées, comme les petits navires lance-missiles du Projet 22800. Incarnant cette double tendance à la littoralisation et à la « kalibrization » de la flotte, ces navires disposent d’un déplacement de 800 tonnes et sont équipés de missiles Kalibr, mais aussi de missiles anti-navires Oniks et d’une version navalisée du Pantsir (anti-aérien). Il est par ailleurs probable que le ministère russe de la Défense prolonge le programme de petits navires lance-missiles du Projet 21631. La zone de prédilection de ces bâtiments est celle des 500 milles nautiques, soit jusqu’à 900 kilomètres des côtes – appelées en Russie « zone maritime proche » (33). Évoluant sous la couverture de puissants dispositifs de défense aéroterrestres (complexes de défense anti-aérienne S-300 ou S-400 ; missiles anti-navires Bastion ; avions multirôles Su-30SM), ces plateformes peuvent mettre en œuvre depuis le large ou à partir des fleuves russes leurs missiles Kalibr qui disposent d’une portée allant jusqu’à 2 500 kilomètres. Tirés depuis la mer Noire ou la mer Caspienne, ils peuvent atteindre des cibles situées en Europe occidentale, au Moyen-Orient et en Asie centrale. Lancés depuis la mer d’Okhotsk ou la mer du Japon, ils peuvent frapper des objectifs au Japon et en Chine. En faisant du missile l’épine dorsale de sa flotte de surface, la Russie prend le parti d’exploiter la protection qu’offrent à ces plateformes ses eaux intérieures et ses zones littorales verrouillées par les « bulles » A2/AD, leur offrant ainsi la possibilité de mettre en œuvre une forme de dissuasion conventionnelle (34). Cette posture apporte en outre une réponse asymétrique à la menace supposée que représenterait l’activité des flottes otaniennes dans la zone Arctique, en Baltique et en mer Noire.

Le programme 2018-2027 met l’accent sur la construction de frégates du Projet 22350 et 22350M (sous réserve que Saturn fournisse des turbines adéquates), ainsi que sur les corvettes du Projet 20386 (35). La zone de confort de ces navires, comme celle des bâtiments cités ci-avant et des SSK du Projet 0636.3, demeure celle des eaux proches, où navigabilité et protection sont optimales (36). Pour autant, comme le démontre la Russie avec le déploiement permanent de son escadron méditerranéen depuis le début des années 2010, ces unités peuvent aussi être projetées vers les « zones maritimes éloignées » (37). Toutefois, afin de subvenir à leur soutien logistique, la marine russe a besoin – en plus de navires appropriés – d’une base navale à proximité, ou à défaut, d’un « Point de service matériel et logistique » ou PMTO. À ce jour, seules les installations russes de Tartous remplissent cette fonction. Combinées aux capacités aéroterrestres déployées dans la région de Lattaquié, elles permettent à la marine russe de disposer d’un environnement – unique hors de Russie – relativement sécurisé pour sa flotte en Méditerranée orientale.

Conclusion

La marine russe n’est pas une force océanique à l’image de la flotte américaine, mais là n’est pas sa raison d’être. Si ses sous-marins nucléaires peuvent évoluer pendant longtemps à distance des eaux russes, l’activité des forces de surface demeure en revanche limitée, quoique bien réelle, dans « l’océan mondial ». Le plan d’armement 2011-2020 est parvenu à endiguer l’hémorragie capacitaire qui frappait la marine russe depuis 1991 en insufflant une dynamique et des fonds nécessaires au VPK. Au demeurant, il reste de nombreux défis à relever avant que la Russie ne devienne une authentique puissance navale, au sens mahanien (38) du terme. Mais en a-t-elle la nécessité ? Moscou entend bien persister dans l’aventure de la haute-mer, mais pas à n’importe quel prix : c’est ce qu’il convient de retenir de la dernière Doctrine navale et des orientations programmatiques du plan 2018-2027. Quel sera le coût de ce choix ?

L’analyse des grandes tendances qui affectent la marine russe met en évidence un sérieux risque de contraction du rayon d’action de la flotte vers la fin des années 2020. Les forces navales russes ont de fait entamé un basculement vers les zones littorales, tout en conservant une sérieuse capacité à dissuader et menacer des marines plus puissantes. À ce phénomène de contraction s’ajoute celui du surarmement de plateformes de faible tonnage, dont le VPK russe a prouvé qu’il était en mesure de les produire en qualité et en quantité. Toutefois, cette abondance d’armements conjuguée à l’écueil persistant des systèmes de propulsion fait peser une forte incertitude sur l’endurance et la fiabilité de certaines unités. En outre, l’atrophie du rayon d’action de la flotte est à peine compensée par les capacités hauturières de frégates, voire de corvettes, non qualifiées pour évoluer en haute-mer (39). Afin de pallier la faible navigabilité de ces bâtiments et d’assurer une chaîne logistique optimale, la Russie pourrait chercher à obtenir des facilités navales dans les zones maritimes éloignées, sans que cela ne se traduise nécessairement par l’obtention de PMTO, voire même d’une base navale.

Le VPK va subir les contrecoups de la rationalisation des contrats de défense dans le domaine naval. Si certains grands chantiers, de par leur spécialisation et leurs équipements (Sevmash pour les SNLE par exemple) conserveront une forme d’exclusivité sur la construction et l’entretien de certaines plateformes, la majorité des chantiers devront se tourner vers des contrats civils pour garnir leur carnet de commandes. Certains n’ont pas hésité à investir dès à présent dans la modernisation de leurs infrastructures afin d’apparaître en meilleure posture face à une concurrence rude en devenir. Les commandes passées par le ministère de la Défense devraient porter sur des plateformes plus petites, mais plus nombreuses, ce qui va induire un effet de « saupoudrage » des contrats entre différents chantiers. Ce phénomène, déjà constatable, s’explique par la volonté du ministère de ne pas prendre le risque de dépendre d’un seul prestataire, d’une part, et par la ventilation des contrats auprès de leurs filiales par les grands groupes, d’autre part (40). S’ajoutent à cela des considérations d’ordre économique avec l’objectif de soutenir un secteur industriel en crise et des territoires en proie à des difficultés économiques (Crimée).

Si les sanctions contribuent à la cristallisation du fossé technologique entre le VPK et les industriels occidentaux, il n’en demeure pas moins que l’offre russe en matière de petites plateformes devrait rester compétitive (41). Avec des produits moins sophistiqués mais moins onéreux, elle pourrait trouver preneur auprès de pays africains, asiatiques et sud-américains disposant de budgets de défense modestes. Ces contrats, ainsi que ceux passés par des clients civils, seront bienvenus pour remplir les cales laissées vides par des commandes d’État appelées à devenir plus parcimonieuses.
Notes :
  1. Les flottes du Nord, de la Baltique, de la mer Noire et du Pacifique, ainsi que la flottille de la Caspienne.
  2. Le 7 octobre 2015, la Russie crée la surprise en tirant à partir de quatre navires basés en mer Caspienne une salve de 26 missiles de croisière de type Kalibr sur 11 cibles en Syrie. Il s’agit de la première mise en œuvre des Kalibr en condition opérationnelle, réalisée à partir des navires les plus récents en service dans la flottille de la Caspienne : la frégate Daghestan (Projet 11661) et les petits navires lance-missiles Grad Sviajsk, Ouglitch et Veliki Oustioug (Projet 21631).
  3. “Naval War College Opens Russia Maritime Studies Institute”, 31 août 2016, site de l’US Navy.
  4. George Vișan, “Growing Submarine Threat in the Black Sea”, Eurasia Daily Monitor, Vol. 15, Issue 8, 19 janvier 2018.
  5. 1682-1725.
  6. «Ob outverjdenii Osnov gossoudarstvennoï politiki Rossiïskoï Federatsii v oblasti voïenno-morskoï deïatelnosti na period do 2030 goda» [Sur l’approbation des principes fondamentaux de la politique de la Fédération de Russie dans le domaine des activités navales pour la période allant jusqu’à 2030], 20 juillet 2017.
  7. « Kontseptsia vnechneï politiki Rossiïskoï Federatsii » [Concept de la politique étrangère de la Fédération de Russie], 30 novembre 2016.
  8. Voir Ibid, articles 49 à 99.
  9. « Tchem vooroujat silneïchtchie korabli Severnogo flota » [De quoi seront équipés les navires les plus puissants de la flotte du Nord], Voïenno-promichlenny kourier, 1er juin 2017.
  10. « L’océan mondial » est un concept que l’on retrouve aussi dans la littérature maritimiste anglo-saxonne. Chez les Russes, il désigne les étendues d’eau à la surface du globe autres que les mers contigües et les zones maritimes dites éloignées (la Méditerranée par exemple). L’espace concerné est considéré à travers son potentiel économique mais aussi en tant que théâtre pour des activités militaires.
  11. La mer Caspienne est reliée à la mer Noire par le système de voies navigables domestiques russes, si bien que ces navires peuvent rejoindre les eaux pontiques, dont le débouché sur la mer Méditerranée est contrôlé par la Turquie.
  12. Soit près de 112 milliards d’euros au taux de change alors en vigueur. “Putin attends nuclear sub ceremony”, Barents Observer, 31 juillet 2012.
  13. À ce jour, 18 tirs d’essai sur les 28 réalisés ont été qualifiés de réussis.
  14. Il s’agit des K-535 Iouri Dolgorouki, K-550 Alexandre Nevski et K-551 Vladimir Monomakh. Ces trois unités avaient été mises sur cale respectivement en 1996, 2004 et 2006. Leurs coques ont été formées à partir d’éléments récupérés sur des SSN du Projet 971 désarmés.
  15. « Rossii ne po silam polnoïe obnovlenie iadernoï triady » [La Russie n’est pas en mesure de renouveler intégralement sa triade nucléaire], Nezavissimaïa Gazeta, 2 février 2018.
  16. Ce navire a été mis sur cale en février 2006.
  17. Voir infra.
  18. La construction de cette corvette par le chantier de Komsomolsk-sur-l’Amour aura pris 11 ans.
  19. Entretien réalisé par l’auteur lors du Salon naval de Saint-Pétersbourg (juin-juillet 2017) avec un représentant d’un chantier naval fluvial russe.
  20. Ces patrouilleurs seront équipés de missiles Kalibr.
  21. Dans le cas d’Alpha Bank, le refus est motivé par le dernier paquet de sanctions américaines décidées à l’été 2017. «Ni roublia dlia OPK» [Pas un seul rouble pour le complexe industriel de défense], Novaïa Gazeta, 6 janvier 2018.
  22. «Novy oboronny bank: kak gossoboronzakaz zachtchitiat ot finansovykh sanktsiï» [Nouvelle banque pour la défense : comment on protège les commandes militaire des sanctions financières], RBK, 18 janvier 2018.
  23. Seule la première frégate du Projet 22350 et les 3 premières unités du Projet 11356M ont reçu « à temps » leur dotation en turbines ukrainiennes.
  24. L’admission au service actif de la corvette Vychni Volotchek a ainsi été repoussée en raison d’une perte de puissance occasionnée par le système de propulsion. Une source industrielle russe soulignait par ailleurs le manque de fiabilité de ces turbines chinoises qui, de surcroît, consomment plus de carburant. «Peredatcha flotou MRK “Vychny Volotchek” otlojena iz-za problem s kitaïskim dvigatelem» [La livraison du petit-navire lance-missiles Vychni Volotchek repoussée en raison d’un problème avec les turbines chinoises], Flotprom.ru, 6 février 2018.
  25. Certains armuriers occidentaux n’hésitent pas à évoquer une « guerre industrielle ». Entretien réalisé par l’auteur à Moscou avec un représentant européen du secteur industriel de la défense, janvier 2018.
  26. Chiffres au 1er janvier 2018. Les navires amphibies de la flotte de la mer Noire ont assuré 55% de ces rotations. «Rossiïskie dessantnye korabli sozdali ‘dorogou jizni’ dlia Sirii» [Les navires de débarquement russes ont créé une ’’ligne de vie’’ pour la Syrie], Vzgliad, 2 octobre 2017.
  27. Indisponibilité périodique pour entretien et réparation.
  28. «VMF dostoïno rechaïet zadatchou demonstratsii flaga» [La marine russe hisse dignement son pavillon], Vzgliad, 22 janvier 2018.
  29. «Prioritetnye napravlenia Gossoudarstvennoï programmy vooroujeniï i voïenno-tekhnitcheskoïe sotroudnitchestvo» [Les orientations prioritaires du programme d’État d’armement et de coopération militaro-technique], http://bmpd.livejournal.com, 21 août 2017.
  30. «Ou trillionov est dva soïouznika — armia i flot» [Les trillions ont deux alliés – l’armée et la flotte], Kommersant, 18 décembre 2017.
  31. Le Severomorsk s’est notamment livré à une circumnavigation de l’Afrique. «VMF dostoïno rechaïet zadatchou demonstratsii flaga», art.cit.
  32. «Kontrakt na remont “Admirala Kouznetsova” podpichout v pervom kvartale 2018 goda» [Le contrat pour l’IPER de l’Amiral Kouznetsov sera signé au premier trimestre 2018], TASS, 21 décembre 2017.
  33. Blijniaïa morskaïa zona ou BMZ.
  34. Le missile Kalibr peut recevoir une charge nucléaire tactique.
  35. «V GuPV-2027 vkliotchili vooroujenie korvetov i fregatov guiperzvoukovymi “Tsirkonami”» [Le programme d’armement jusqu’à 2027 prévoit des corvettes et des frégates armées de missiles hypersoniques Tsirkon], Flotprom.ru, 19 décembre 2017. Précisons qu’en Russie, l’emploi du terme « corvette » désigne souvent des bâtiments qui en France seraient qualifiés de « frégates », et que les Russes appellent « frégates » des navires qui se rapprocheraient d’un destroyer dans les marines occidentales, en raison, dans les deux cas, de leur puissance de feu élevée.
  36. Les frégates du Projet 22350 sont toutefois qualifiées pour la haute-mer.
  37. Dalniaïa morskaïa zona ou DMZ. Des petits navires lance-missiles du Projet 20380 et 21631, de même que des frégates du Projet 11356M et des SSK de type Kilo croisent en quasi permanence, sur une base rotationnelle, en Méditerranée orientale.
  38. Alfred Thayer Mahan (1840-1914) est un stratège naval américain. Son ouvrage The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, publié 1890, influence jusqu’à aujourd’hui la pensée maritimiste.
  39. Si la marine a démontré qu’elle pouvait déployer ce type de plateforme dans des zones maritimes éloignées, il n’en demeure pas moins que la navigabilité de ces unités est mise à rude épreuve, de même que la sécurité des équipages.
  40. C’est le cas par exemple du chantier naval Gorki de Zelenodolsk qui a redistribué une partie des commandes de patrouilleurs du Projet 22160 auprès du chantier Zaliv de Kertch (Crimée) dont il avait pris auparavant le contrôle.
  41. En 2016, le naval ne représente que 10% du portefeuille de commandes de Rosoboronexport, le consortium fédéral pour l’exportation des matériels de défense. «Dolia vooroujeniï v rossiïskom eksporte sostavila 4,2%» [L’armement représente 4,2% des exportations russes], Vzgliad, 3 novembre 2016.

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