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E) Miscellanées

Bruno Vianey
1 Octobre 2019

Le voyage de Jean Sauvage en Moscovie en 1586

Le début des relations franco-russes

La première relation de voyage connue d’un Français en Russie, écrite dans sa langue, est celle du Dieppois Jean Sauvage, pilote d’un navire marchand arrivé à Arkhangelsk à la fin du mois de juin 1586. Ce fut un long périple : longeant les côtes norvégiennes, franchissant le cap Nord, le bateau pénètre dans la mer Blanche jusqu’à l’embouchure d’un immense fleuve, la Dvina septentrionale, accoste au pied du monastère Saint-Michel-Archange, dans une ville fondée deux ans plus tôt et qui sera très vite connue sous le nom d’Arkhangelsk. Ce voyage, point central du début des relations franco-russes, n’est pas le fruit du hasard.

La prise de Narva par Ivan le Terrible, en 1558, donne enfin à la Moscovie un accès direct à la Baltique. Les Français en profitent aussitôt pour commercer avec la Russie – un négoce périlleux, car survient la guerre de Livonie qui s’achève sur la conquête de Narva, en 1581, par Ponce de la Gardie, un Gascon au service du roi de Suède. L’unique moyen de poursuivre ce commerce est alors d’emprunter la route du Nord, par la mer Blanche, découverte (inopinément, en cherchant un passage vers la Chine) par l’Anglais Richard Chancellor en 1553. Les Hollandais se mettent bientôt dans son sillage. Enfin les Français, après de nombreuses péripéties que nous n’aborderons pas ici, accèdent aussi à Arkhangelsk. Signalons que le premier d’entre eux à accoster en Russie septentrionale est sans doute un autre Dieppois, Étienne Vatier, en 1583. En octobre 1585, une lettre du tsar à Henri III invite les Français à venir commercer par le Nord. Jean Sauvage est le premier à répondre à l’appel, mais la seule trace que l’on a de lui est son petit récit d’une trentaine de paragraphes. Tout cela nous est largement connu grâce à la correspondance de Charles de Danzay, ambassadeur de France au Danemark (dont dépendait la Norvège) pendant près de quarante ans (1548-1589), qui n’eut de cesse que les Français tirent le même profit du commerce en Moscovie que les autres nations. Par son obstination, Danzay peut être considéré comme le père des relations franco-russes.

Le récit de Jean Sauvage Le court récit de Jean Sauvage a probablement été commandé par sa compagnie et n’a pas été publié à l’époque. Il semble avant tout utilitaire et destiné aux futurs marchands et navigateurs, mais l’auteur donne tout de même une description des contrées nordiques et fait part de ses impressions.  


Jean Sauvage établit l’itinéraire à emprunter du cap Nord à Arkhangelsk, cette région étant inconnue des Français. Il nomme les différents caps avec les directions à suivre, note les distances (elles sont plutôt bien appréciées), les marées, la profondeur de l’eau et les points d’ancrage, propose deux croquis (du cap Nord et de l’île de Vardø). Il prévient le marin qu’il faut revenir au plus tard à la mi-septembre, car la mer Blanche « se prend et engèle tout en une nuit »...
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