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A) Politique étrangère & défense

Isabelle Facon Isabelle Facon
1 Novembre 2019

La Russie et l’Occident : un éloignement grandissant au coeur d’un ordre international polycentrique

Le bilan diplomatique de la première année du quatrième mandat de Vladimir Poutine projette l’image d’une Russie peu encline à œuvrer à une amélioration de ses rapports stratégiques avec les pays occidentaux. Terminant l’année 2018 sur la crise du détroit de Kertch, le Kremlin a encore dégradé son image en accueillant l’élection du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui avait affiché sa volonté d’engager un dialogue avec Moscou sur le Donbass, par l’annonce de mesures facilitant l’octroi de passeports russes aux résidents des territoires séparatistes. Quelques mois plus tôt, le président Poutine avait réagi à l’annonce de Washington sur son retrait du traité FNI en en suspendant à son tour l’application, en ordonnant le développement de nouveaux missiles et en demandant à ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères de ne plus chercher à initier des discussions sur l’avenir de la stabilité stratégique . En parallèle, Moscou, sur certains dossiers internationaux brûlants – République centrafricaine, Libye, Venezuela – a pris des initiatives que les capitales occidentales ont, d’une manière générale, assez peu appréciées. 

Des diplomates occidentaux, répondant à une critique fréquente selon laquelle leur effort pour entretenir le dialogue avec la Russie ne serait pas suffisant, contestent en soulignant le fait que la Russie ne se montre pas réceptive à leurs tentatives. De fait, Moscou donne l’impression de ne pas chercher à apaiser la tension avec le monde euro-atlantique et, sur le « vecteur occidental » de sa politique extérieure, de consacrer son énergie principalement à amplifier les divisions entre les pays occidentaux et à brider leurs marges de manœuvre. Sur la forme, le ton de la Russie est jugé souvent « abrasif, arrogant et boudeur » , ce qui, accompagné des nombreuses démonstrations de force militaire, contribue à la dramatisation des enjeux et du climat de tension. Qu’en est-il de l’état d’esprit à Moscou ? 

« Peu amène et biaisée » : le jugement de Moscou sur la posture de dialogue occidentale

Une cause de l’attitude effectivement peu amène de la Russie est la perception selon laquelle « de l’autre côté », un trop grand nombre d’acteurs sont hostiles à l’idée de rouvrir le jeu avec Moscou, et le resteront durablement. Aux États-Unis, constatent les experts russes, l’establishment est trop hostile à la Russie pour que la publication, en avril 2019, du rapport Mueller, qui invalide le soupçon de collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et Moscou, modifie sensiblement la donne dans les relations bilatérales, et ce indépendamment de ce que souhaite le président américain. Des experts russes ont imputé à des « instructions personnelles » de ce dernier la succession de visites à Moscou, au printemps 2019, de hauts responsables américains (F. Hill, M. Pompeo, S. Biegun, Z. Khalilzad) et d’autres contacts de haut niveau entre les deux pays. Mais leur appréciation reste qu’en dehors de Donald Trump lui-même, « personne […] dans son administration – et Pompeo moins que les autres – ne brûle du désir de s’occuper de l’aménagement de l’interaction avec Moscou », état de fait qu’aggrave le « ferme consensus bipartisan antirusse » au Congrès . Cela explique que Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, considère que « la confrontation est malheureusement devenue la norme » dans l’interaction Washington-Moscou . L’analyse selon laquelle le président Trump sera, quoi qu’il arrive, gêné dans sa « politique russe »... [À SUIVRE]

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