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E) Miscellanées

Myriam Truel
1 Novembre 2019

Pourquoi les Russes lisent-ils Victor Hugo ?

Victor Hugo compte parmi les écrivains étrangers les plus prisés en URSS : entre 1917 et 1970, ses œuvres ont été publiées à plus de 17 millions d’exemplaires. Balzac, Verne et Zola connaissent des tirages comparables. Aujourd’hui encore, Hugo incarne pour beaucoup la littérature française classique : sur le réseau social russe Vkontakte, on trouve deux groupes consacrés à Victor Hugo, qui rassemblent respectivement plus de 9 000 et 5 000 participants . C’est plus que les groupes consacrés à Balzac, Verne ou Zola, et autant que le groupe consacré à Marc Levy, l’un des écrivains français les plus lus en Russie aujourd’hui. Si l’on demande à un Russe, surtout s’il a connu la période soviétique, de citer un grand écrivain français, il est fort probable qu’il nomme Victor Hugo. On pourra toutefois être surpris de l’entendre ajouter que, dans son enfance, il a adoré « Cosette » ou « Gavroche ». Il faut en effet préciser que, parmi les 17 millions d’exemplaires des œuvres de Hugo, figurent en première place deux courts récits tirés des Misérables et destinés aux enfants : Cosette et Gavroche. Ces textes très librement adaptés du roman dessinent la figure d’un Victor Hugo parfaitement intégré à la culture soviétique. Comment l’expliquer ? Cette question renvoie à celle, plus générale, de la formation d’un fonds culturel, ou de ce que l’on peut décrire comme un « panthéon littéraire » d’auteurs consacrés.

L’explication avancée durant la période soviétique est d’ordre idéologique : défenseur des opprimés et de la liberté, Victor Hugo était mal vu du régime tsariste, qui le censurait ; la révolution de 1917 a permis de mettre en avant cet écrivain et de le diffuser largement. Les récits Cosette et Gavroche prouvent que l’auteur est si bien admis par la culture soviétique qu’on le donne à lire aux enfants. Pourtant, on s’aperçoit que les œuvres de Victor Hugo avaient déjà fait l’objet de nombreuses publications avant 1917. Parmi elles, on trouve aussi bien des œuvres en plusieurs volumes que de cours récits inspirés des romans et destinés à la jeunesse et au public populaire. Les événements de 1917 n’auraient-ils donc pas induit de changement majeur dans la réception de Victor Hugo en Russie, contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier abord ?..
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