Oleg Bondarenko, Directeur du « Fonds pour la politique progressiste », Fondateur du projet « Balkanist ».
Diplômé de la faculté de journalisme de l'Université d'État de Moscou, titulaire d'un doctorat de l'Institut d'État et de droit de l'Académie russe des sciences, il est aussi issu de l'Institut supérieur d'art et de théâtre (GITIS). Membre de l'Union des journalistes de Russie, il est l'auteur de plus de 300 articles publiés dans des journaux tels que Moskovski Komsomolets, Argumenty i Fakty, Nezavisimaya Gazeta, Zavtra, et apparaît dans d'autres médias.
1. Où en était la relation russo-serbe à la veille de l'élection législative en Serbie ?
Que ce soit sur le plan politique, économique ou culturel, les relations bilatérales ont atteint, au cours des dix dernières années, un niveau pratiquement sans précédent. Le nombre de projets menés à bien, étant entendu que la Serbie est un pays relativement petit, est difficile à imaginer. On peut dire que jusqu’en 2022, les deux pays ont connu une décennie de relations exceptionnelles — peut-être les meilleures de toute leur histoire séculaire.
La relation avait atteint le stade où il n’y avait pratiquement aucune grande entreprise russe qui n’était pas présente en Serbie. Qu’il s’agisse des banques, des assureurs, du secteur de l’énergie ou des chemins de fer. On en est même arrivé au point où les vitrages du complexe Belgrade sur l’eau — alors que les Serbes, comme on le sait, sont traditionnellement très présents dans le domaine de la construction — ont été réalisés par une entreprise moscovite qui avait auparavant effectué des travaux similaires dans le centre d’affaires Moscou-City. Les Chemins de fer russes (RZD) ont rénové un nombre considérable de lignes ferroviaires en Serbie et ont, concrètement, construit une nouvelle ligne en direction de la Hongrie. Très prochainement, dès le mois de décembre, le premier train circulera sur l’itinéraire Belgrade — Budapest — Vienne. En Serbie, un wagon sur trois appartenait aux Chemins de fer russes. Aujourd’hui, bien sûr, le pays a déjà fait l’acquisition de nouveaux trains à grande vitesse chinois, mais le fait est que RZD continue d’y maintenir sa présence.
Enfin, dans le secteur de l'énergie, tant Lukoil que Gazprom étaient considérablement impliqués dans l'économie serbe. Aucun autre pays d’Europe n’accueillait — encore aujourd’hui d’ailleurs — une entreprise énergétique russe de premier plan sur son sol. La vente, sous pression des sanctions américaines, n’a finalement pas eu lieu, bien que le transfert de l’industrie pétrolière serbe hors du giron de Gazprom paraisse inévitable. Si la vente se concrétise, l’acheteur sera la société publique hongroise MOL.
Autrement dit, un certain plafond avait été atteint, que les deux pays ont tenté de maintenir après 2022. Cela a fonctionné dans certains cas, mais pas dans d’autres.
2. Quelles sont les conséquences pour la Russie de la défaite d'Aleksandar Vučić ?
À plusieurs reprises, les autorités russes — tant l’ambassadeur de Russie à Belgrade, Alexandre Botsan-Kharchenko, que le président russe lui-même lors de sa dernière rencontre avec les experts du Club Valdaï — ont exprimé l’espoir qu’Aleksandar Vučić continue à diriger la Serbie, mais dans un nouveau rôle : celui de Premier ministre. Cela ne s’est toutefois pas produit. À première vue, on pourrait penser que Moscou a perdu, mais ce n’est qu’une première impression : ce serait une affirmation erronée et présomptueuse de la part des détracteurs de la politique russe. Il faut comprendre comment fonctionne la vie politique en Serbie, où 60 % de la population a une opinion extrêmement positive de la Russie. Tout homme politique, de gauche ou de droite, qui se retrouve au pouvoir, ne peut ignorer ce fait. C’est d’ailleurs pour cette raison que les forces qui viennent d’accéder au pouvoir n’imposeront manifestement aucune sanction contre Moscou. De plus, la plupart des « étudiants » sont eux aussi russophiles.
Ceci dit, sur le plan politique, les relations vont bien sûr évoluer après l’arrivée au pouvoir de nouvelles forces. Il faudra sans doute un certain temps — quelques mois, je pense — pour les réajuster en tenant compte des spécificités du nouveau pouvoir. Mais pour cela, ce nouveau pouvoir doit encore s’imposer et s’institutionnaliser d’une manière ou d’une autre. La Russie, comme on le sait, préfère les relations formelles aux relations informelles. C’est pourquoi il y aura sans doute une certaine pause. Il faut comprendre qu’au cours des dernières années — depuis 2022 —, on a assisté à un léger « pessimisme » dans les relations, et que cette tendance se poursuivra à court terme.
Des élections présidentielles auront lieu en décembre qui porteront au pouvoir, à l’évidence, un représentant de la « Liste étudiante ».
3. Quelles sont les positions des étudiants qui ont remporté cette élection à l'égard de la Russie ?
Divers représentants de la « Liste étudiante » ont déjà démenti à plusieurs reprises l’affirmation de l’ancien président Aleksandar Vučić, formulée dans la nuit qui a suivi les élections, selon laquelle des sanctions seraient prises contre la Russie dès le printemps. Il n’y aura pas de sanctions : c’est ce qu’ont déclaré tant le candidat « étudiant » à la présidence que la tête de liste aux élections législatives. Je suppose que l’on peut se fier à ces déclarations, car sinon, les « étudiants » se discréditeraient aux yeux de leurs propres électeurs, à qui ils ont promis à trois reprises de ne pas imposer de sanctions à la Russie. La ligne de conduite vis-à-vis de Moscou restera donc globalement inchangée.
L’objectif de Moscou, et de Belgrade en général, est de préserver au maximum le potentiel accumulé pour leurs relations bilatérales. Cela n’exclut pas la tendance que j’ai déjà mentionnée caractérisée par un certain « pessimisme » des relations.