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A) Politique étrangère & défense

Jean-François Guilhaudis
1 Novembre 2019

La Russie aux Nations unies en 2018

Par Jean-François Guilhaudis, professeur honoraire à l’Université de Grenoble-Alpes, et Louis Balmond, professeur à l’Université de Toulon.

À la Conférence de Moscou, en octobre 1943, les ministres des Affaires étrangères de Chine, des États-Unis, de Grande-Bretagne et d’URSS posaient le principe de la création d’une organisation internationale chargée du maintien de la paix. Ils prenaient ensuite l’initiative de réunir la Conférence de San Francisco, qui aboutissait à la signature de la Charte des Nations unies par cinquante et un États, le 26 juin 1945. La contribution de l’URSS, à laquelle la Russie a succédé le 24 décembre 1991, a donc été décisive dans la mise en place de l’organisation mondiale. Occupant l’un des cinq sièges de membre permanent au Conseil de sécurité, ce qui lui permit de se distinguer par la multiplication des vetos au cours des années 1946-1956, où les Nations unies étaient occidentales, elle fut longtemps méfiante à l’égard d’une organisation au sein de laquelle les pays socialistes n’étaient qu’une minorité, avant de changer de position à l’époque de Mikhaïl Gorbatchev, peu avant l’effondrement.

Les médias et les États occidentaux véhiculent volontiers l’image d’une Russie revenue en arrière, dans laquelle Vladimir Poutine est un nouveau « Monsieur Niet ». La réalité est sensiblement différente. Comme l’expliquait le président de la Fédération dans son discours du 1er mars 2018, la Russie n’est plus qu’une URSS diminuée – son territoire est plus petit, sa population à peine plus de la moitié… – et sa puissance est bien moindre. Dans ces conditions les Nations unies, et particulièrement le Conseil de sécurité, qui restent au centre des relations internationales, sont pour Moscou un moyen d’expression de première importance et, comme l’arme nucléaire, un égalisateur de puissance. La Russie y est active pour défendre ses intérêts nationaux et ceux de ses proches et alliés. Mais elle n’est pas dans une position simplement défensive. Elle utilise aussi les Nations unies et le Conseil de sécurité pour défendre une conception du droit et des relations internationales, et se démarquer des Occidentaux. Cela lui permet de se constituer une image, de se donner un rôle. Ses divergences et oppositions avec les Occidentaux n’empêchent pas non plus – les grandes puissances ayant comme toujours des intérêts communs – une coopération, notamment dans la gestion des principaux conflits internationaux... [À SUIVRE]
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