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D) Régions

Alexeï Malachenko Alexeï Malachenko
1 Novembre 2019

La Tchétchénie de Ramzan, un « sujet » particulier de la Fédération de Russie ?

Pour la communauté internationale, la Tchétchénie est aujourd’hui associée au nom de Ramzan Kadyrov. Paraphrasons un peu Maïakovski : « Nous disons Tchétchénie, mais sous-entendons Kadyrov, nous disons Kadyrov, mais sous-entendons Tchétchénie » . Devenu Premier ministre (2005), puis président de la république caucasienne (2007), Ramzan Kadyrov instaure un régime de dictature personnelle, souvent qualifié de totalitaire, le plus dur qui soit sur le territoire de la Fédération de Russie. L’explication en est que Ramzan vise à contrôler très strictement non seulement la société, mais encore la vie privée de chaque citoyen. La spécialiste du Caucase Ekaterina Sokirianskaïa voit dans la Tchétchénie « une enclave totalitaire, avec un culte marqué du leader ».

Dans quelle mesure le régime actuel correspond-il à la culture politique de la société tchétchène, ses traditions, sa conscience ? Ce type de pouvoir personnel est, a priori, étranger à la Tchétchénie. Tout au long de son histoire, la société tchétchène est demeurée un conglomérat de groupuscules claniques et religieux – teïps (clans) et wirds (branches internes à une confrérie) –, fondé sur un consensus entre eux tous. Le général, historien et homme de lettres russe Milenti Olchevski (1861-1895), qui avait pris part aux guerres du Caucase, écrivait que les Tchétchènes n’avaient « ni princes, ni gradés, ni notabilités jouissant de droits particuliers, de privilèges ou dotés du pouvoir ». L’experte Anna Zelkina note que « la notion d’un unique pouvoir fort leur est absolument étrangère ». Mavlit Bajaïev, homme public tchétchène qui fait autorité, constate que ses compatriotes « n’oublient jamais les offenses… surtout entre eux. Chaque clan tirera dans son sens… ». Fervent partisan de la tradition tchétchène, Hoj-Ahmed Noukhaïev, homme politique et penseur, écrit qu’un « système harmonieux d’institutions tribales et claniques à tous les niveaux préserve la liberté de chaque individu de l’arbitraire potentiel d’un détenteur du pouvoir suprême ». Ces caractéristiques étaient celles de la société tchétchène au temps de l’URSS, elles le sont encore après l’effondrement du système soviétique. La société n’a pas même été détruite par le schisme politique dû au mouvement séparatiste, qui conduit parfois les membres d’un teïp à se retrouver, malgré leurs liens familiaux, des deux côtés de la barricade. 

S’il ne faut pas absolutiser l’appartenance clanique, il convient aussi de ne pas l’ignorer. Tout Tchétchène sait à quel teïp il se rattache, même s’il peut laisser entendre qu’il s’agit là de « survivances du passé »... [À SUIVRE] 
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