Source : Observatoire franco-russe.La connectivité des liaisons de transport suppose l’existence d’une infrastructure ferroviaire développée. La mise en service du tronçon Racht-Qazvin complète le dernier maillon d’un itinéraire ferroviaire continu reliant Bandar Abbas, sur le golfe Persique, à la mer Caspienne, établissant ainsi une liaison ferroviaire ininterrompue entre Saint-Pétersbourg et les ports du golfe Persique. La modernisation de la ligne Téhéran-Bandar Abbas accroît la capacité et la vitesse de circulation sur l’une des principales artères commerciales du pays. La ligne ferroviaire reliant Chabahar, dans le sud de l’Iran, au hub logistique de Serakhs, au Turkménistan, est d’une importance particulière. Elle assure un accès direct aux réseaux de transport kazakhstanais et turkmène, et renforce la branche orientale de l’INSTC. Cette configuration multiplie les options logistiques accessibles aux expéditeurs, augmentant la résilience globale et l’attractivité du corridor.
La branche orientale de l’INSTC ouvre également la voie à une participation plus active du Turkménistan au projet. Ces dernières années, Achgabat a adopté une stratégie de diversification et de valorisation alternative de ses ressources gazières. Plutôt que de se limiter à l’exportation de gaz naturel par gazoducs, le pays s’attache à développer la transformation industrielle et la production de biens à plus forte valeur ajoutée, tels que les carburants, les produits pétrochimiques et les engrais minéraux. Dans ce contexte, l’INSTC présente un intérêt particulier pour le Turkménistan : il constitue un axe prometteur pour ses exportations et pour le développement de ses relations économiques internationales (Bochkarev, 2024).
Comme l’a indiqué le 28 juin 2025 par le journal AzerNews, l’Iran avait l’intention de renforcer encore davantage son rôle dans la logistique mondiale en portant le volume de transit via les corridors de transport internationaux à 60 millions de tonnes par an. Le vice-ministre des Routes et du Développement urbain, également directeur de la Compagnie ferroviaire iranienne, Jabbar Ali Zakari, a précisé qu’au cours de l’année calendaire iranienne écoulée (de mars 2024 à mars 2025), le pays avait traité environ 20 millions de tonnes de marchandises, dont 2,5 millions transportées par rail, et qu’il entendait désormais développer ses infrastructures de transport afin de devenir un important hub régional de transit (AzerNews, 2025).
Il ne fait aucun doute que même la mise en œuvre minimale de tels accords nécessitera des ententes pacifiques avec l’Iran (ainsi qu’une politique étrangère constructive de la part de Téhéran, fondée sur des intérêts économiques mutuellement avantageux) et leur respect par toutes les parties au conflit. Depuis le début de la guerre, les recettes de l’Iran issues du transit et des activités portuaires ont chuté de manière spectaculaire, et le développement du transit et du commerce international n’est plus une priorité pour Téhéran. Selon les données de l’OMC publiée début juillet 2026, le nombre de navires franchissant le golfe Persique a chuté de 4 à 8 fois par rapport à la même période en 2025, ce qui remet en question la pérennité de ces recettes en devises à moyen terme (WTO Data Lab, Strait of Hormuz Trade Tracker). Ainsi, les perspectives de mise en œuvre du projet de l’INSTC dépendent directement de la stabilisation de la situation politique dans la région.
Structure et caractéristiques actuelles du corridor de transport international Nord-SudL’INSTC fonctionne comme un système multimodal intégré, combinant transport maritime, ferroviaire et routier sur un itinéraire unifié d’une longueur supérieure à 7 200 km.
L’INSTC : un axe Nord-Sud, trois branches (selon le rapport de N.Trans Lab, avril 2024) :
- Branche occidentale : Bakou-Astara (Azerbaïdjan)-Anzali-Bandar Abbas (Iran). Il s’agit de l’itinéraire principal, soutenu par la Russie, l’Iran et l’Azerbaïdjan. La capacité de transit est de 10 millions de tonnes par voie ferroviaire et de 14 000 véhicules par jour.
- Branche orientale : via le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Iran (Téhéran-Bandar Abbas), assurant la liaison entre l’Asie centrale et l’océan Indien. La capacité de transit est également de 10 millions de tonnes par voie ferroviaire et de 14 000 véhicules par jour.
- Corridor transcaspien : ligne maritime reliant les ports d’Aktaou et Kouryk (Kazakhstan) à Olya et Astrakhan (Russie), et Anzali et Amirabad (Iran). La capacité des ports russes de la mer Caspienne est d’environ 23,5 millions de tonnes par an.
Ces branches se complètent mutuellement, formant un système logistique flexible permettant de redistribuer les flux en cas de force majeure sur certaines sections.
Infrastructure logistiqueLe corridor comprend 15 ports maritimes, 6 postes frontières ferroviaires et 20 terminaux multimodaux. Le tronçon clé est la ligne ferroviaire Racht-Astara (164 km), financée par la Russie et l’Iran. Son achèvement permettra d’assurer une liaison terrestre continue entre l’Inde et la Russie. Selon l’ambassadeur d’Iran à Moscou, Kazem Jalali, qui s’exprimait à ce sujet en janvier 2026, la construction de ce segment iranien de l’INSTC nécessitera entre trois et quatre ans. La construction du tronçon manquant de 162 kilomètres reliant Racht à Astara a été officiellement approuvée par la Russie et l’Iran à la mi-février 2026, avec un délai de construction de 48 mois. Toutefois, comme le soulignent les experts (The Diplomat, juin 2026), la réalisation du projet dans le délai annoncé de 48 mois pourrait être compliquée par les opérations militaires dans le golfe Persique et les risques qui en découlent pour les investissements étrangers et les livraisons de matériel.
La Russie modernise les ports d’Olya et d’Astrakhan, constituant ainsi un hub logistique caspien d’une capacité annuelle de 10 millions de tonnes (Banque eurasiatique de développement, 2024, pp. 83-85). Les Chemins de fer de Russie (RZD) prévoient également de rénover le réseau ferroviaire de la Volga dans le cadre de l’INSTC. Ces travaux viseront à augmenter la capacité de l’infrastructure, notamment pour les trains assurant la liaison avec le Kazakhstan (Trans.ru, 2025). L’Iran, de son côté, reconstruit ses ports caspiens et les intègre à l’infrastructure portuaire du golfe Persique.
En 2024, le corridor a enregistré une augmentation de 19 % des volumes de fret, qui ont atteint 26,9 millions de tonnes, dont plus de 12,9 millions de tonnes transportées par rail (Index 1520, 2025). En ce qui concerne le fret conteneurisé, 2 400 EVP ont été transportés cette année-là via l’INSTC, dont 1 900 EVP par l’axe oriental (Index 1520, 2025). Parallèlement, le transport maritime progresse rapidement : plus de 6 millions de tonnes de marchandises ont été acheminées via la mer Caspienne en 2024. Par rapport à 2023, le volume total de transbordement des importations sur cet itinéraire a augmenté de 51 %, tandis que celui des exportations a progressé de 29 % (SBCargo, 2025).
Malgré ces avancées, le véritable potentiel du corridor se manifestera pleinement après l’achèvement des maillons encore incomplets, comme la ligne ferroviaire Racht-Astara, ainsi qu’avec la modernisation des installations portuaires et multimodales de transbordement. Selon l’évaluation de N.Trans Lab (avril 2024), la capacité de transit sur l’ensemble des branches de l’INSTC, ligne ferroviaire Astara-Racht comprise, se limite à 27-28 millions de tonnes par an en cas d’utilisation des infrastructures ferroviaires et routières iraniennes. Cette limite tient principalement à la faible capacité des chemins de fer iraniens, à la faible capacité des ports russes et au nombre insuffisant de navires en mer Caspienne.
L’escalade militaire autour de l’Iran durant l’été 2026 a démontré que le développement du corridor de transport Nord-Sud dépendait dans une large mesure non seulement du rythme de construction des infrastructures, mais aussi du niveau de sécurité régionale. Toutefois, l’impact de telles crises sur les différents tronçons du corridor s’avère inégal. L’itinéraire passant par Bender-Abbas reste le plus vulnérable, car l’accès maritime à ce port dépend de la navigabilité du détroit d’Ormuz. Toute détérioration de la situation dans cette région est susceptible d’entraîner une hausse des primes d’assurance, une augmentation du coût du transport et une baisse temporaire de l’attractivité de cet axe.
Dans le même temps, l’importance stratégique du port de Chabahar pour l’Iran, malgré les sanctions américaines, ne cesse de croître, même si son rôle reste moins évident pour l’Inde. La situation géographique du port, sur la côte du golfe d’Oman, en dehors du détroit d’Ormuz, permet à l’Iran de réduire en partie sa dépendance vis-à-vis d’éventuelles restrictions de navigation dans le golfe Persique. Dans ce contexte, Chabahar revêt une importance particulière en tant qu’élément de diversification des transports et en tant qu’instrument de renforcement du potentiel de transit iranien.
Les ports caspiens d’Enzeli et d’Amirabad ne dépendent pas non plus directement de la situation dans le détroit d’Ormuz. Cependant, l’instabilité politique générale qui règne autour de l’Iran est susceptible d’influencer indirectement leur fonctionnement en raison de l’augmentation des risques liés aux sanctions, de la hausse du coût de l’assurance des marchandises et de la prudence des opérateurs logistiques internationaux.
Limitations et obstacles institutionnels au développement de l’INSTCLe déploiement de l’INSTC se heurte à plusieurs contraintes institutionnelles, financières, techniques et géopolitiques. Les conflits dans les zones traversées peuvent fortement impacter son attractivité et susciter une demande pour des corridors alternatifs. Il convient de distinguer deux catégories de défis : ceux ayant trait au corridor en tant qu’axe de transit Europe-Asie du Sud et ceux relatifs au corridor en tant qu’artère reliant les régions intérieures de la Russie et de l’Asie centrale aux pays d’Asie du Sud et du golfe Persique.
Les défis liés au transit transcontinental peuvent être classés, de manière approximative, en trois catégories : la situation autour de l’Iran, la pression exercée par les sanctions de l’UE et les corridors de transport concurrents. Une expansion à grande échelle des infrastructures de transport iraniennes est impossible sans l’apport d’investissements étrangers, ce qui, dans le contexte des restrictions liées aux sanctions en vigueur, sans parler d’un conflit ouvert, s’avère extrêmement difficile. Même avant la guerre, l’exploitation limitée du port de Chabahar par des entreprises indiennes se heurtait à de sérieux obstacles : la mise en œuvre de telles opérations nécessite des licences appropriées délivrées par le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Trésor américain. Il ne fait guère de doute non plus qu’avant la levée ou, à tout le moins, un assouplissement significatif des sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie, la mise en place et le développement rapide d’un corridor de transport traversant le territoire russe seront difficilement envisageables. De nombreuses entreprises indiennes préféreront recourir à des itinéraires alternatifs pour acheminer leurs marchandises vers l’UE.
Les itinéraires alternatifs sont également susceptibles d’attirer une part importante des flux de marchandises. Si la situation autour du Yémen se normalise, le trafic via le canal de Suez augmentera inévitablement, ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions sur les perspectives du corridor de transport Nord-Sud, en particulier dans le contexte d’un conflit non résolu autour de l’Iran. Par ailleurs, le développement de corridors de transport concurrents — tels que celui de Zanguezour (appelé « itinéraire Trump » ou TRIPP) et l’IMEC, qui prévoit de relier l’Inde à l’Europe via les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Israël et l’Italie (ou la Grèce) — pourrait détourner une part importante des marchandises, même en cas de conclusion d’un accord de paix avec l’Iran. Outre la redistribution des flux de marchandises, ces itinéraires se feront concurrence tant sur le plan politique que financier, ce qui pose des défis supplémentaires à long terme pour l’INSTC.
En ce qui concerne les défis « internes », on peut citer l’insuffisance des financements, les problèmes d’infrastructure, notamment le déficit de navires de types fleuve-mer et mer-mer, ainsi que les relations parfois complexes entre les acteurs impliqués dans le projet. Tous ces facteurs peuvent ralentir le développement du corridor.
En 2024, la société russe de conseil N.Trans Lab, spécialisée dans la logistique, a estimé les investissements nécessaires à 17,7 milliards de dollars. Selon ses calculs, cette somme permettrait d’assurer le transport par le rail d’environ 70 millions de tonnes de marchandises et, en combinant transport ferroviaire et transport routier, d’atteindre une capacité totale allant de 90 à 100 millions de tonnes (N.Trans Lab, 2024). Ces estimations sont nettement inférieures à celles de la Banque eurasiatique de développement en 2022, qui avait évalué les besoins à 38,2 milliards de dollars (Banque eurasiatique de développement, 2022). Cependant, même ces estimations réduites représentent des montants très élevés, tant pour les États que pour les entreprises privées des pays participants. L’absence d’un mécanisme de financement unifié et la participation insuffisante des institutions de développement limitent les apports de capitaux à long terme et freinent la modernisation des infrastructures. À titre d’exemple, les Chemins de fer russes ont prévu en 2025 de diminuer leurs investissements dans le développement de l’INSTC de 77,5 %, à 9 milliards de roubles. La société a préféré concentrer ses efforts sur les projets d’infrastructure prioritaires. Cette information a été communiquée par le vice-président des RZD, Andreï Makarov, lors de la session du Forum économique international de Saint-Pétersbourg 2025 consacrée au financement des infrastructures.
L’incompatibilité de l’écartement des voies ferrées (1 520 mm en Russie et 1 435 mm en Iran) complique la création d’un espace logistique unifié (Vinokurov et al., 2022). D’importants obstacles subsistent, notamment l’inachèvement du tronçon ferroviaire Racht-Astara, la capacité limitée des réseaux ferroviaires des pays partenaires de la Russie, ainsi que l’insuffisante modernisation technologique des ports de la mer Caspienne et de la flotte commerciale. Ces facteurs entraînent une diminution de la vitesse de transit et une hausse des coûts de transbordement. Un autre problème majeur concernant le fonctionnement du corridor réside dans le déséquilibre des échanges commerciaux, qui contraint fréquemment les trains à effectuer les trajets de retour à vide, augmentant ainsi le coût unitaire du transport. Par ailleurs, les restrictions liées aux sanctions et aux contraintes bancaires associées à la participation de l’Iran accroissent les risques, dans la mesure où elles limitent l’acquisition d’équipements et la réalisation de paiements internationaux. En outre, l’absence d’organe de coordination centralisé entraîne une fragmentation des procédures tarifaires et douanières. Le développement du corridor est également entravé par les tensions existant entre certains pays participants, les relations positives entre la Russie et le Kazakhstan faisant figure d’exception. Bien qu’aucun conflit ouvert ne soit constaté, de nombreux désaccords existent de longue date — notamment entre l’Iran et l’Azerbaïdjan — et des différends commerciaux ponctuels surgissent entre Achgabat et Téhéran, principalement dans le secteur gazier. Dans ce contexte, l’hétérogénéité des réglementations constitue un obstacle majeur : le développement efficace du corridor exige une harmonisation des cadres normatifs et des politiques sectorielles des pays participants autour d’une base commune minimale.
Afin d’améliorer l’efficacité de l’INSTC, les experts préconisent un ensemble de mesures institutionnelles, infrastructurelles et financières. La priorité consiste à achever les tronçons ferroviaires clés et à moderniser les ports de la mer Caspienne (Astara, Amirabad, Astrakhan), afin d’assurer la continuité de l’itinéraire et d’en accroître la capacité de transit. Il apparaît également nécessaire d’harmoniser les politiques tarifaires des pays participants et de mettre en place un document de transit numérique unique, destiné à accélérer les procédures douanières. Un autre axe essentiel consiste à mettre en place des instruments financiers et d’assurance visant à réduire les risques liés à un respect excessif des sanctions (
overcompliance), notamment par le recours à des lignes de crédit publiques et à des mécanismes de paiement locaux. Parallèlement, il est recommandé de mobiliser activement les investissements public–privé pour développer les infrastructures terminales et logistiques le long du corridor, afin d’améliorer sa compétitivité et de l’intégrer au réseau de transport eurasiatique. Le lancement en 2024 de la plateforme logistique numérique eurasiatique, qui centralise les bases de données des douanes des pays membres de l’UEE, constitue une avancée majeure vers la digitalisation des processus de transit : cette plateforme permet de réduire le temps de déclaration électronique en douane de 48 à 6-8 heures, et le système unique d’assurance des marchandises protège les transporteurs contre les risques liés aux sanctions.
Le développement futur du corridor nécessite l’institutionnalisation de sa gouvernance sous la forme d’un Conseil de coordination réunissant la Banque eurasiatique de développement, l’Iran, l’Inde et la Russie, et repose sur l’approfondissement de l’intégration numérique pour accroître la transparence, la résilience et la compétitivité du corridor dans l’espace eurasiatique.
ConclusionL’opération menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et la mise en place de blocus réciproques ont porté un coup sérieux aux perspectives du tronçon iranien du corridor de transport international Nord-Sud à court et moyen terme, renforçant ainsi l’attrait pour des itinéraires alternatifs. À long terme, le développement du corridor dépendra de la place qu’occupera Téhéran dans le système de sécurité régional en cours de formation. Tant la poursuite de la confrontation qu’une éventuelle normalisation des relations avec les pays occidentaux sont susceptibles de modifier considérablement le modèle économique de fonctionnement du corridor, la structure des investissements et les flux de marchandises internationaux.
L’INSTC ne peut devenir une option alternative à part entière au canal de Suez. Il dispose néanmoins d’un potentiel d’intégration réel, bien que limité. Historiquement, ses origines remontent aux routes commerciales de l’époque de Sviatoslav Igorevitch et sous Ivan le Terrible puis, au XXe siècle, au « corridor iranien » de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le corridor de transport international Nord-Sud offre de nouveau la possibilité de relier ces régions en jouant le rôle d’un pont géoéconomique, à une échelle toutefois essentiellement régionale. En cas de succès, le corridor pourrait devenir une sorte d’analogue régional de la Communauté du charbon et de l’acier, au sein de laquelle des divergences historiques avaient été dépassées grâce à la coopération économique.
- Pour l’Inde, il constitue un vecteur d’expansion économique et d’accès aux marchés de la Russie et de l’Asie centrale.
- Pour la Russie, il incarne la possibilité de diversifier les routes d’exportation et de renforcer la connectivité régionale.
- Pour l’Iran, il représente un instrument d’intégration géopolitique et de résilience économique.
Ce corridor reflète une évolution générale, caractérisée par le passage d’une domination quasi exclusive des routes maritimes à un renforcement progressif des formes continentales d’intégration dans l’espace eurasiatique, où les alliances régionales et les liens historiques jouent un rôle central. Au niveau tactique, l’INSTC, surtout s’il est couplé à d’autres initiatives régionales, peut offrir à l’Inde, à la Russie et à l’Iran des bénéfices économiques, car il permet de réduire les coûts logistiques et rend les marchés plus accessibles. Cependant, la concrétisation de ces avantages requiert des investissements coordonnés, une coopération institutionnelle étroite et des mesures visant à atténuer les risques liés aux sanctions et aux contraintes bancaires. Sans suppression des goulets d’étranglement infrastructurels et des obstacles institutionnels, l’attractivité économique du corridor restera principalement limitée aux marchandises à forte valeur ajoutée et sensibles aux délais de livraison.
Les dernières crises géopolitiques ont confirmé que la valeur stratégique du corridor de transport Nord-Sud ne se limite pas à la réduction des délais de livraison ou des coûts de transport. Dans un contexte d’instabilité internationale croissante, l’atout majeur de ce corridor réside dans le renforcement de la résilience du système de transport eurasien grâce à la diversification des itinéraires. C’est précisément cette capacité à redistribuer les flux de marchandises entre différentes directions qui fait du corridor de transport international un élément de l’architecture multivectorielle émergente de la logistique régionale.
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